On the road with "the Plasticiens Volants"

Lisbonne

Un drôle de goût au fond de la gorge. Une amertume déglutie par tous les Plasticiens Volants à la fin du spectacle.
Ça a commencé comme bien des contrats. Pluie, vingt-deux heures de trajet en bus et une arrivée les cernes aux yeux et la tête pleine d’air. Repérage des lieux, étude des rôles et de la scénographie, répétitions, « bacalhau frito », bonne nuit.
Montage sous un vent caractériel qui semble vouloir emporter tous les gonflables. Le grand dragon chinois pourtant amarré au sol piaffe comme un pur sang de rodéo. Le ballon porteur qui doit transporter le héros/navigateur à la fin du spectacle tangue et rebondit dans de grands claquements. Au bout de quelques minutes arrêt en urgence des répétitions des échassiers. Trop de rafales.
Inquiets.
Puis on profite d’une accalmie pour gonfler la grande murène.
Ça va bien se calmer en début de soirée, ça se calme toujours en début de soirée.

Le vent a faibli. Le spectacle débute. Le navigateur embarque, salue la chanteuse de fado, vogue dans la foule puis aborde l’Afrique. Les baobabs gonflés le saluent de quelques oscillations. Les échassiers dansent, les tritons l’accompagnent et la murène géante, malgré quelques déplacements anormalement chaotiques, attaque tout ce qui bouge. Près des Plasticiens je sens le vent qui tire très fortement sur les longes des gonflables. Mais les Plasticiens…gèrent.
Direction la Chine.
Le grand dragon chinois tarde à venir. Tarde trop. Ne vient pas. Ne viendra pas.
Juste avant son apparition une violente rafale de vent l’a déchiré sur toute la longueur de ses vingt mètres.
Sur le lieu du spectacle une rafale tout aussi belliqueuse emporte les plus hauts éléments d’une forêt qui se déchirent lamentablement sur les réverbères, révélant leurs entrailles de plastique.
Flottement général dans la foule. On a du mal à comprendre.

Le metteur en scène et les comédiens improvisent et se dirigent vers le ballon porteur. Celui-ci se déchaine comme un félin pris au piège. Pour l’acrobate/navigateur/héros impossible d’y monter. A cet instant il n’y a plus de fin pour ce spectacle.
Les comédiens, le metteur en scène et les manipulateurs vont encore improviser et arriveront tant bien que mal à donner une fin à ce spectacle.

Trouble des spectateurs. Frustration totale des Plasticiens Volants.

Ce vent qui naguère emporta si loin ces navigateurs-découvreurs du monde, ce soir a cloué au sol ces fragiles créatures. Fiévreuse manifestation d’une jalousie de ces mondes créés par les Plasticiens Volants ?

—–

A strange taste in the mouth. A bitterness swallowed by all the Plasticiens Volants by the end of the performance.
It started like a typical engagement. Rain, twenty-two hours of bus travel and arrival with dark rings under our eyes, dazed from sleep. Site inspection, review of the roles and stage design, rehearsals, “bacalhau frito », good night.
Set-up in a temperamental wind that apparently wants to carry away all the inflatables. The large Chinese dragon, despite being tethered to the ground, rears and bucks like a rodeo bronco. The balloon that must carry the hero/ explorer at the end of the performance snaps loudly as it pitches back and forth. The stilt performers’ rehearsal comes to an emergency halt after a few minutes. Too many gusts.
Worried.
We take advantage of a lull to inflate the big moray eel.
It will settle down by evening; it always settles down by evening.

The wind has weakened. The performance begins. The explorer sets off, greets the woman singing the fado, sails through the crowd, then reaches Africa. The inflated baobabs greet him in a rather wobbly way. The performers dance on stilts, the mermen escort him and the giant eel, despite some abnormally chaotic moves, attacks everything that moves. Over by the Plasticiens I can feel the very strong pull of the wind on the inflatables’ tethers. But the Plasticiens are… handling it.
On to China.
The big Chinese dragon is late in coming. Too late. Is not coming. Will not come.
Just before its appearance, a violent gust of wind tore it right down its twenty metre length.
In the performance area, an equally belligerent gust removes the top parts of a forest that rip miserably on lampposts, exposing their plastic entrails.
Distracted, the crowd can no longer quite follow. They are not sure what is happening.

The director and performers improvise and make their way towards the balloon that will carry the explorer. It thrashes about wildly like an animal caught in a trap. Impossible for the acrobat/explorer/ hero to climb aboard. The final scene can no longer go ahead.
The performers, the director and the handlers will continue to improvise and to manage however they can to bring this performance to an end.

The spectators are disconcerted. The Plasticiens Volants are completely frustrated.

This wind, which in bygone times carried these explorer-discoverers so far around the world,has grounded these fragile creatures tonight. Is this the feverish manifestation of some kind of jealousy, sparked by these worlds created by the Plasticiens Volants?

 

_DSF3463Kamel

 

_DSF3600Boris, Marc M.

 

_DSF3647Luc et  Antoine en pleine lutte avec le vent.  Luc and Antoine battling against the wind.

 

_DSF3653Antoine

 

_DSF3738Thibault

 

_DSF3858Inès explique les chorégraphies. Inès explains the choreography

 

_DSF3935 en tant qu'objet dynamique - 1Philippe, Lucia

 

_DSF4009 en tant qu'objet dynamique - 1Serge surveille la grande murène. Serge keeps an eye on the large moray eel.

 

_DSF4053 en tant qu'objet dynamique - 1Michelle

 

_DSF4103 en tant qu'objet dynamique - 1Paulina

 

_DSF4123Spectateurs. The audience.

 

_DSF4129Pierre à l’aise dans la foule. Pierre at home amongst the crowd.

 

_DSF4138Isabelle B.

 

_DSF4108 en tant qu'objet dynamique - 1Spectateurs. The audience.

 

_DSF4169Pascale

 

_DSF4185Spectateurs. The audience.

 

_DSF4222Les baobabs écorchés sur les lampadaires. Baobabs caught on the lampposts.

 

_DSF4251Boris et le baobab éventré. Boris and the torn baobab.

 

_DSF4312Thibault

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2 Réponses

  1. V’là le bon vent …!!!! Eh non pas toujours bon !! Le vent de la rogne, de la grogne, régnait aussi sur Avignon, » l’inter mit le temps » et dans le off garda le cap et le verbe éloquent. Quant au in, le temps inter ou pas s’est arrêté sur du vide parfois, sur du verbe pour convaincre, toujours… Courage à tous quelque soit la tempête !!!

    juillet 19, 2014 à 6:01

  2. Anonyme

    Décidément, je lis avec autant de plaisir que je regarde… Je comprends ceci-dit ton besoin de renouveler ton regard sur ces drôles de personnages, les gonflables et ceux en chair et en os. Et si tu jouais au Fauquier de l’air? Un JLF sous un nuage, ça vaut bien une danseuse russe, non? Et avec l’envol, quelles nouvelles perspectives s’ouvriraient à toi (qui n’a même pas l’excuse d’avoir le vertige).

    juillet 23, 2014 à 12:52

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